UNE INCROYABLE FIN DE SAISON POUR MAXIMILIEN DRION!

COUPE DU MONDE, MADONNA DI CAMPIGLIO (25-28 MARS, ITA)

Tout ne s’annonçait pas extrêmement bien avant de me rendre en Italie pour ces dernières compétitions de l’hiver. En effet, de très douloureuses crampes d’estomac sont venues pimenter mes journées précédents le début des courses, au point que j’en revienne à mettre en doute ma participation. Finalement, j’ai décidé de faire le voyage et j’ai espéré que mes crampes d’estomac disparaissent aussi vite que possible. C’est face aux majestueuses Dolomites, à Madonna-di-Campiglio, que la finale de la Coupe du Monde allait avoir lieu. Avec 3 courses en 4 jours, le programme s’annonçait chargé, mais également passionnant ! Même si avant d’aborder ces compétitions je considérais ma saison comme étant réussie, j’avais à coeur de venir déposer une jolie cerise sur le gâteau que fut cet hiver 2020/2021.

Le sprint (25.03)

Nous commencions par le sprint le jeudi. Heureusement mes douleurs au ventre avaient disparu au réveil. Je suis donc pleinement concentré sur la course du jour. Cet hiver, j’étais parvenu à deux reprises à me hisser en ½ finale et je partais donc avec l’ambition de faire au moins aussi bien.

Je réalise une bonne manche de qualification (6ème temps) et me qualifie donc facilement pour les quarts de finale qui réunissent les 30 meilleurs temps et les répartit en 5 quarts de finale à 6 coureurs. En quart, je réalise une manche correcte et termine 3ème. Les deux premiers de chaque quart sont qualifiés directement pour les demi-finales. Les deux coureurs qui ont réalisé les meilleurs temps en quart de finale parmi ceux qui n’ont pas terminé parmi les deux premier de la série sont également qualifiés, on les appelle des « lucky losers ». Vu que j’ai terminé 3ème de ma série, ma position est en suspens. Je dois attendre que les 5 quarts de finale aient eu lieu afin de savoir si je serai repêché au temps. A ma plus grande satisfaction, je suis un des deux lucky losers ! Je me retrouve donc en demi-finale. Mon objectif est atteint mais vous commencez à me connaître… Au fond de moi, je ne veux pas m’arrêter là. Pour atteindre la finale, je dois terminer parmi les 3 premiers. Je réalise à nouveau une très belle course et termine 3ème ! Direction la finale !

En finale, nous sommes donc 6 athlètes et je suis donc assuré de terminer parmi les 6 premiers. Même une 6ème place serait synonyme de ma meilleur performance en carrière dans cette discipline. Sur la ligne de départ je suis aux côtés de grands noms de la discipline : Arno Lietha, Robert Antonioli, Thibault Anselmet, Nicolò Canclini et Nadir Maguet. Je ne suis pas intimidé et je suis prêt à leur montrer de quoi le petit belge est capable. Le départ de la finale est donné, ça va vite, très vite, je me retrouve en 5ème position au pied du portage. Au sommet du portage je suis 4ème. Je parviens à recoller avec le podium. Les jambes brûlent mais c’est le cas pour tout le monde. J’arrive en 4ème position au sommet, ce qui sera également ma position au fond de la descente.

4ème en sprint ! Le meilleur résultat de ma carrière toute discipline confondue ! Je suis extrêmement satisfait de ce résultat. Mais je devrai attendre avant de fêter ce résultat, une autre course m’attend le lendemain.

La verticale (26.03)

La course verticale avait lieu le vendredi après-midi, il faisait assez chaud et la neige était très mouillée. Il y avait environ 600m de dénivelé entre la ligne de départ et la ligne d’arrivée. Je me sentais très bien à l’échauffement avant le départ et donc j’avais prévu d’opter pour une stratégie assez offensive.

Parti en 4e ligne, je suis très vite venu me placer dans le top 10 puis le top 5. J’avais terminé 5e aux Championnats du Monde il y a quelques semaines alors je me suis dit que c’était un risque calculé de venir me placer aussi rapidement aux avant-postes. La première partie du parcours était assez plate. Mes peaux glissaient extrêmement bien sur cette neige mouillée. Je n’ai pas eu l’impression que malgré mon départ rapide j’étais en train de me mettre dans le « rouge ». Je me sens bien et je ne veux pas laisser partir les premiers. Au moment où la pente commence à s’élever, je pointe en 3e position ! Je ne comprends pas ce qui se passe mais je me sens super bien, je ne m’inquiète pas et garde le même rythme. Devant moi, Davide Magnini mène la course mais je ne veux pas le laisser creuser un trop grand écart. Je me porte donc en 2e position, je suis 10m derrière Davide.

Ensuite vient une partie plus plate, à nouveau j’ai l’impression que je glisse super bien. Je parviens à rattraper Davide sans créer d’effort supplémentaire. Un peu plus loin je prends même la tête de course ! Mais je ne veux pas m’emballer trop vite, la course est encore longue. A ce moment-là, il doit rester environ 250m de dénivelé. Etonnement, malgré le fait que je suis en train de réaliser la course de ma vie, je parviens à rester extrêmement calme.

Me voilà en première position, mais ce n’est pas la bonne stratégie. Je suis très lucide, j’analyse tout. Je ralentis un tout petit peu pour laisser Davide et également Werner Marti, qui nous a rejoint, me dépasser. Nous sommes tous les trois skis dans skis. Davide-Werner-moi. Comme depuis le départ, Davide donne la cadence. Petit à petit, je vois que Werner perd un peu de distance par rapport à Davide. Je viens donc m’intercaler entre Davide et lui. Werner perd un peu de terrain. La course devrait se jouer entre Davide et moi. Je me sens toujours super bien. Parfois, au lieu de rester derrière Davide, je viens me placer à côté de lui. Je veux lui montrer que je suis là et que je suis prêt à répondre à toutes ses accélérations.

Il ne reste plus que 100m de dénivelé. Dans ma tête, je me sens imbattable. Je me sens prêt à attaquer. Je me remémore ma fin de course lors des Championnats du Monde en Andorre où je dépasse 3 concurrents lors des derniers mètres de course. Si j’attaque maintenant, et que je me mets à courir avec les skis aux pieds, il faut que je parvienne à maintenir cette intensité jusqu’à l’arrivée. Sur le papier, je suis plus explosif que Davide et à l’entraînement je me suis prouvé plusieurs fois que j’étais capable de réaliser de longs efforts à très haute intensité.

C’est parti! J’y vais! Rien ne peut m’arrêter. Mes seules pensées à ce moment sont «Continue à courir», «Ne te retourne pas» et «Personne ne te rattrapera». Même quand la pente s’élève, je continue à courir, je me suis promis que je courrai jusque l’arrivée. Il y a deux arches à franchir. La première est rouge mais ce n’est pas l’arrivée. Quelques mètres après cette arche se trouve une deuxième et qui elle marque l’arrivée. Au moment de franchir la première arche, je me retourne brièvement pour voir où est Davide, je suis parvenu à créer un bel écart. A ce moment-là, je savoure, je mets mes deux bâtons dans une main et au moment de franchir la ligne d’arrivée, je lève le poing et pousse un cri de rage!

JE VIENS DE REMPORTER UNE COUPE DU MONDE !!

Personne n’en revient… et moi non plus! Je suis choqué, ému, heureux, fier, reconnaissant. Dans ma tête et dans mon corps c’est un feu d’artifice. Ce qui me rend encore plus ému est de voir tous mes concurrents et amis venir me féliciter et partager ma joie. Ce moment restera gravé à jamais en moi.

Je vous laisse revivre mon descriptif de la course à travers cette vidéo.

L’individuelle (28.03)

Après un jour de repos avait lieu ce qui allait être ma dernière course de la saison. Je vous avouerai quand même qu’il fut légèrement difficile de m’endormir après avoir vécu de telles émotions lors de la verticale… Un autre événement est venu perturber l’ambiance à l’hôtel. Le soir avant l’individuelle, l’équipe suisse a été notifiée du fait que tous les athlètes suisses n’allaient pas être autorisés à prendre le départ de la course suite à une erreur du staff de l’équipe suisse en lien avec un non-respect du protocole covid. Et vu que je suis encadré par l’équipe suisse, j’ai dû attendre quelques heures avant de savoir si j’allais pouvoir prendre le départ le lendemain matin. Finalement, je suis autorisé à prendre le départ (ça a des avantages de courir pour la Belgique) et tente de me concentrer sur la course à venir.

Suite à ma 4ème place lors du sprint et ma victoire sur la verticale, je me suis dit que j’avais également une belle carte à jouer sur l’individuelle. Je prévois donc de tenter ma chance à fond. Le parcours est composé de 3 montées et descentes pour un total de 1700m de dénivelé. Dans la première montée, je suis au contact des premiers. Au bas de la première descente, je suis en 8ème position. Mon meilleur résultat sur une individuelle est une 10ème place (cet hiver début février à Flaine). Malheureusement, les choses ont commencé à se compliquer pour moi peu avant le sommet de la deuxième montée. Je perds quelques places mais grâce à une bonne descente je parviens à rester dans le top 10 au pied de la dernière montée.

Je suis « sec », la dernière montée s’annonce difficile. Les coureurs que j’avais dépassé dans la descente me rattrapent vite et sont suivis par d’autres. A ce moment-là, je vois deux options : tout donner jusqu’au bout et finir dans un sale état pour obtenir une 15 ou 16ème place ou ralentir un petit peu et savourer ma dernière montée de ma dernière course d’un incroyable hiver. Je choisis la deuxième option. Je choisis de m’amuser, de profiter et de finir cette dernière montée avec le sourire. A l’arrivée, je termine 18ème, ce qui reste tout de même un bon résultat mais est un peu loin de mes exploits des deux courses précédentes. Voilà, c’est fini, c’est ma dernière course de l’hiver! Et quel hiver!

Grâce à mes super résultats durant cette dernière étape de la Coupe du Monde, je suis parvenu à remonter à la 8ème place du classement général de la coupe du monde! Et cela malgré le fait que j’ai manqué la première coupe du monde à cause du Covid! Tous les Suisses sont déjà rentrés vu qu’ils n’ont pas pu prendre le départ de la course. Seul un coach a pu rester pour moi pour me ramener en Suisse. Même si j’aurais bien voulu profiter encore un peu de l’ambiance de Madonna-di-Campiglio, nous décidons de rentrer rapidement.

Sur la route pour rentrer en Suisse, mon père m’appelle pour me dire qu’il prévoit de monter au sommet du Bishorn (4150m) le lendemain matin. Je lui réponds «pourquoi pas»… Et donc le lendemain, après avoir enchaîné 3 courses en 4 jours en Italie, je vais faire mon décrassage sur un sommet de plus de 4000m. J’avais également une petite surprise dans le sac… Vu que je n’avais pas vraiment pu fêter mes résultats en Italie la veille, j’ai emmené une bière belge avec moi au sommet du Bishorn et je l’ai savourée là-haut!

TOUR DU VAL D'ANNIVIERS (03.04)

Le fait que les compétitions soient finies ne veut pas dire qu’il n’y a plus de neige en montagne. Un projet me tenait à coeur et cela faisait plusieurs semaines que j’y pensais et je m’étais promis de le réaliser si les conditions le permettaient.

Ce projet est le Tour du Val d’Anniviers en ski de randonnée : relier Vercorin à Chandolin en passant par Zinal par un itinéraire que j’ai imaginé. A ma connaissance, j’ai été le premier à le réaliser. D’après mes calculs, il y avait environ 5000m de dénivelé et 60 kilomètres de distance. J’avais estimé à 8 heures le temps pour réaliser le parcours.

Mes prévisions n’étaient pas trop mauvaises car il y avait au final 5200m de dénivelé et il m’a fallu 7h44 pour rejoindre Chandolin depuis Vercorin. Ce fut une très belle expérience et j’ai pris beaucoup de plaisir lors de ce long effort.